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Tour du monde en autostop - Jeremy Marie

Partenaire







 Carnet de Bord : Bateau-stop sur le fleuve Amazone

L´idée

A Salvador de Bahia, je conversais par internet avec Karanbir, un ami voyageur indien que j´avais rencontré au Pérou. Après quelques minutes à échanger les dernieres nouvelles, je lui demandais tout de même dans quelle partie du monde il se trouvait au moment de notre conversation.

Ce dernier me répondit: “Je suis à Salvador”
Etonné d´entendre ce nom familier, je l´interrogeais de nouveau: “Te trouves-tu dans le pays du Salvador, en Amérique centrale?”
-Non!”, me repondit-il avant d´ajouter: “Je suis à Salvador de Bahia, au Brésil”.
La discussion continua ainsi, moi ajoutant tout d´abord:“Je suis aussi à Salvador de Bahia!”
Alors il renchérit: “Je suis dans le quartier de Barra!”
Et moi d´ajouter: “Je me trouve également dans cette zone là!”
Puis, il continua: “Dans un cybercafé, près de la plage.
-Mais moi aussi!”…

Et quelques instants plus tard, je sentis quelqu´un qui me touchait l´épaule pour attirer mon attention. C´etait Karanbir. Il avait changé, il s´était laissé pousser la moustache mais pas de doute j´avais bien reconnu son accent indien, il prononçait toujours les “W” en anglais comme si c´était en allemand. Nous étions assis côte à côte pendant une heure, chacun sur son ordinateur, et nous ne nous étions même pas vus!

Karanbir m´expliqua comment il avait réussi à faire du bateau-stop sur la rivière Amazone, que c´était possible si l´on cherchait bien et que toujours, avec un peu de chance, on ne sait jamais.

Moi, Agostina (mon hôte argentine à Salvador de Bahia), mon ami Karanbir et Juan (mon hôte également)

 
La recherche


Deux semaines plus tard, je suis à Santarem. La meilleure façon de rejoindre Manaus par la terre depuis le sud du Bresil est de le faire par voie fluviale. Je me suis donc dirigé vers la ville de Santarem où je pourrais débuter mes recherches de bateau-stop.

Par expérience, je sais que la recherche d´une embarcation peut me prendre plusieurs semaines. Pour trouver un bateau qui m´aiderait à couvrir les 150 kilomètres de Panama jusqu´en Colombie, celà m´avait pris 5 semaines.

Cette fois-ci, j´ai environ 600 kilomètres à parcourir pour rallier la capitale de l´Etat de l´Amazone.

Je parcours le front de cette rivière de couleur mi brune opaque-mi noirâtre. En effet, le Rio Tapajos et l´Amazone se rencontrent juste en face de Santarem. Les differents courants n´ont pas la même température, ni la même vélocité. Ils ne se mélangent qu´après quelques kilomètres au coude à coude.

La rencontre du Rio Tapajos et Amazone à Santarem

Cette promenade matinale me permet de prendre le pouls de la ville. Santarem est comme toutes les villes de l´Amazone: elle est poussiéreuse, sale et ses habitants semblent se trainer sur place plutôt que d´aller quelque part avec conviction.  Néanmoins, le port paraît plus agité. Il y a une grande quantité de bateaux à moteur. Cependant vous ne pouvez accéder à leurs bords qu´après avoir grimpé sur une petite échelle installée au milieu d´un tas d´algues. En effet, ces bateaux à moteur ont plutôt l´air d´avoir été tirés hors de l´eau que d´être réellement amarrés au quai.  

Le parking à bateaux de Santarem

 Après une courte investigation, j´apprends que ceux-ci n´évoluent que localement. Je me dirige donc plus loin, vers l´entrée du port de commerce. Ce port accueille les embarcations plus massives comme les cargos ou surtout les “ferrys” longues distances.

Le port de commerce accueille des embarcations plus massives, comme ici un cargo provenant de Monrovia au Libéria.

J´apprends qu´il y a deux bateaux en partance pour Manaus aujourd´hui. L´unique problème est qu´il m´est impossible de rentrer dans le port si je n´ai pas de ticket. Ceux-ci sont en effet en vente dans les cabanes en bois décrépite devant l´entrée. Ce sont les agences de voyage.

Je me dirige donc vers un policier qui surveille l´entrée du port. Derriere ses lunettes de soleil noir pétrole, celui-ci m´indique du regard où je peux trouver son chef. Après être passé par un autre intermédiaire, je tombe finalement sur le chef et son assistant.  Le grand dadet et le petit trapu.

L´assistant, trop blanc de peau pour être du coin, est intéressé par mon histoire. Du coup, l´hégémonique chef m´accorde son aide: il m´indiquera du doigt qui est le capitaine d´un des deux bateaux.

Cependant, l´accès au port m´est toujours refusé. Après une petite heure d´attente, le chef-policier disparait sans même m´informer de son départ. Il ne reviendra plus.

Je retourne vers le premier policier aux lunettes couleur petrole qui finalement accepte de me faire rentrer dans le port. Ce n´était donc pas plus compliqué que celà!

J´arrive donc sur ce quai ou les bateaux sont amarrés pour de vrai.
Je vais voir le premier bateau. Le capitaine n´est pas là. Je vais donc sur le second. J´arrive à convaincre le jeune homme qui s´occupe de l´inscription des passagers sur le registre pour qu´il me présente la personne en charge du ferry. J´explique mon histoire au second de bord et celui-ci me présente le commandant. Voila j´y suis, j´ai enfin la bonne personne devant moi, celle que je devrais convaincre.

D´une oreille qui paraît un peu distraite, cet homme d´une quarantaine d´années m´écoute quand même. Quand je commence à parler d´éventuellement retranscrire le trajet sur mon site internet, je vois son oeil s´animer derrière ses lunettes. J´ai donc dit le mot magique “internet”. Aucun intérêt pour lui de m´avoir à éplucher les carottes, la toile l´a directement convaincu et j´aurai donc un aller direct pour Manaus!

Pensant rechercher un bateau pendant des semaines, j´ai cette fois trouvé une embarcation en moins de 3 heures chrono! Au final, ce fût même plus facile que de trouver des véhicules au bord de la route dans ce pays!

Après un aller-retour très rapide par l´agence de voyage en bois pour retirer le “ticket de courtoisie”, je recupère mes sacs et je saute à bord du “San Marino”.  J´irai donc en bateau-stop sur l´Amazone!

L´obtention du “ticket de courtoisie” à l´agence de voyage du San Marino



 Le voyage

Nous quittons le port, non sans esquiver un petit accrochage avec l´autre ferry qui s´en va au même moment pour Manaus.

Le départ de Santarem fût un peu mouvementé

Le San Marino est un ferry à trois étages, si l´on compte le rez de chaussée. Il y a très peu de cabines mais beaucoup d´occupants. En effet, chacun amène son hamac, qu´il suspend où il peut sur le bateau. Pour ma part, je n´ai pas prévu ce petit détail et je serai le seul passager à dormir à même le sol.

Les passagers du ferry dorment sur des hamacs

La traversée de Santarem à Manaus dure 45 heures. Le débit calme de l´Amazone, le lent mouvement vertical des hamacs et la monotonie du paysage font de ce voyage une croisière bien relaxante. Un sentiment de masse puissante émane de ce fleuve. Imaginez vous que le débit qu´elle déverse à son embouchure correspond au débit cumulé des huit autres plus grands fleuves du monde. Sur son chemin, l´Amazone collecte également toutes sortes de végétaux et de troncs d´arbres. A bord du San Marino, le capitaine n´a pas peur d´aller heurter toutes ces masses de bois mort. Notre ferry aussi est très puissant!

Super-capitaine sur l´Amazone

 

L´Amazone, emporte sur son chemin une quantité considérable de végétaux et de troncs d´arbres.

La monotonie des journées est rompue par la musique provenant du bar et par l´attribution des repas. J´en profite pour aller rendre visite aux cuisiniers. J´aime en effet en savoir plus sur la vie des locaux et cette fois-ci du personnel de bord.
Les cuisiniers s´enthousiasment de ma présence et de mon désir de les photographier. Ils me montrent donc les secrets de la réalisation de la soupe quotidienne et de quelques patisseries dont je ne verrai jamais le jour au menu de bord.

L´équipe des cuisiniers du San Marino

Je retrouve ces mêmes cuisiniers occupés aux tâches de nettoyage du matin puis au bar le soir. L´une d´entre eux m´avoue ne dormir que 3 heures lors des jours de traversée. J´imagine qu´il doit y avoir des temps de repos entre deux départs, mais tout de même.

Le bar


A certains moments, notre “ferry à trois etages” s´arrête au milieu du fleuve pour permettre aux autochtones de vendre leurs produits. Ils peuvent aussi bien vous apporter des bananes que du poisson fraîchement pêché.

Le commerce de l´Amazone, ici une vente de poisson

Entre toutes ces petites interruptions et activités de bord, je prends beaucoup de plaisir à me laisser guider le long de l´Amazone. Chaque levé et coucher de soleil sont une bénédiction, tant les teintes oranges du ciel contrastent avec le vert de la végétation tropicale amazonienne.

Me voici lors de la traversée en bateau-stop sur l´Amazone

Puis après deux journées complètes sur ce fleuve mythique, nous sommes arrivés à destination. Manaus, cette empire du caoutchouc, nous ouvre ses portes, comme pour inviter les passagers à la découverte d´un nouveau monde. Pour ma part, je ramasse mes deux sacs et prends une dernière photo avec le San Marino, qui m´a permis de réaliser un autre de mes rêves: traverser une partie du fleuve Amazone en bateau.

Le San Marino que j´ai pu prendre en bateau-stop

A très bientôt au Vénézuela,

Jérémy



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