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Tour du monde en autostop - Jeremy Marie

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 Carnet de Bord : A la frontière birmane

La Birmanie est un pays que je m'étais résolu à contourner. Depuis de nombreuses années, le passage par la frontière terrestre est impossible. Selon la situation du pays, il est parfois possible de traverser par la route cette frontière, mais pour y passer une journée et une seule.

L'unique possibilité pour visiter la Birmanie est d'entrer et de quitter le pays par avion. Le seul point de chute est la ville principale du pays Yangon (la capitale a été déplacée en 2005 à Naypyidaw).

Lors de mon entrée en Thaïlande, j'ai reçu un email d'un certain Frederick. Ce dernier est un indonésien implanté dans la ville frontalière de Mae Sot, dans le Nord-Ouest du pays. Il travaille pour un ONG ayant pour but d'aider la situation des réfugiés birmans en Thaïlande. Il m'a juste laissé entendre que cet endroit pourrait éventuellement m'intéresser...

Quelques semaines plus tard, j'arrive à Mae Sot.

Le marché

Dès mon arrivée au marché de Mae Sot, je remarque qu'il y a quelque chose de très différent par rapport aux villes traditionnelles thaïlandaises. Ici, il n'y a presque pas de thaïlandais. 80% de la population de Mae Sot est constituée de birmans.

Au marché de Mae Sot, la plupart des panneaux sont écrits en alphabet birman

Le marché de Mae Sot

Les étals du marché proposent des produits très variés, parfois étranges pour un occidental comme moi. Des anguilles, des insectes ou parfois même des grenouilles (la traduction du vendeur indiquait le nom de ce batracien, je parierais plutôt sur un bon vieux crapaud).

Quelques grenouilles-crapauds

Des étals du marché de Mae Sot

Il y a également un important marché de pierres précieuses à Mae Sot. Je ne m'avancerai pas sur le niveau de légalité de ce trafic car je n'y connais rien, mais n'oublions pas que nous sommes en zone frontalière.

Il y a un important marché de pierres précieuses à Mae Sot

L'atmosphère est différente. Je dirais que l'endroit est plus chaotique mais aussi plus vivant qu'un marché thaïlandais. Ce lieu d'échanges commerciaux est très dense pour une ville de cette taille. Les birmans eux-mêmes ont une apparence physique différente. Beaucoup d'entre eux portent visiblement le « Thanaka », une pâte cosmétique d'origine végétale.

Un très jeune birman portant le Thanaka sur son visage

Il y a donc une forte présence de birmans à Mae Sot. Mais qu'est ce qui a conduit cette population a se retrouver en masse du côté thaïlandais de la frontière ?
 

L'Histoire

La Birmanie est gouvernée par une dictature militaire depuis 1962, et cela s'est empiré avec l'apparition de la junte militaire en 1988.

Cette junte est considérée comme l'un des pires pays au monde en terme de liberté publique. Le gouvernement s'est également mis à massacrer les minorités ethniques, notamment le groupe ethnique des Karens.

En conséquence, beaucoup de ces minorités fuient la Birmanie, vers des contrées plus stables, comme par exemple la Thaïlande.
 

La zone frontalière

La frontière de Mae Sot, entre la Thaïlande et la Birmanie, est pour le moins un endroit étonnant. Dès mon arrivée, je vois une interminable file de birmans qui attendent de pouvoir passer légalement la frontière thaïlandaise. Ces réfugiés-là sont (s'ils réussissent à passer) d'une certaine manière, chanceux, car ils possèdent les papiers (pour certains d'entre eux) qui leurs faciliteront la vie une fois en Thaïlande.

Une file de birmans aspirant à une vie plus tranquille en Thaïlande

La frontière est contrôlée par la force militaire thaïlandaise, mais ces derniers semblent plutôt laxistes par rapport au trafic qui se passe à cet endroit depuis déjà plusieurs dizaines d'années.

Les militaires thaïlandais à la frontière

Le trafic est en effet très important. Entre le côté birman et le côté thaïlandais, il y a une rivière et ses deux rives. Cet endroit est considéré comme la « zone tampon », donc sous aucune forme de loi dominante. En conséquence, il est possible d'y voir régner beaucoup de petits trafics. A la limite de la zone tampon, du côté thaïlandais, de nombreuses plates-formes surgissent. Ici, des birmans proposent divers produits au-dessus des barbelés. Ils vendent majoritairement des cartouches de cigarettes et des films pour adultes.

Des plates-formes surgissent de la zone tampon, facilitant la vente de différents produits

Mais ce n'est pas tout. Des réfugiés ont élu résidence dans cette même zone tampon. Qui dit réfugiés dit bâtiments de fortune. Ces birmans préfèrent donc vivre dans un milieu insalubre et au milieu d'un supposé « no-man's land » que de subsister dans leurs propres terres.

Des bâtiments de fortune dans la zone tampon de la frontière

Les toits bleus des résidences temporaires des réfugiés et, au loin, la Birmanie

La rivière de cette zone tampon permet de voir les déplacements des réfugiés par bateau. Les mouvements d'une rive à une autre sont très fréquents au sein de ce « no man's land ». Les réfugiés vont et viennent donc entre les deux frontières. Certains d'entre eux choisissent parfois de franchir le pas, et d'entrer illégalement en Thaïlande.

Les mouvements de bateau à la frontière


 

Les camps illégaux des réfugiés birmans

Je disais plus haut que les réfugiés birmans qui parviennent à entrer dans la légalité sont plus chanceux. En effet, il existe des camps légaux de réfugiés birmans en Thaïlande. Ceux-ci sont gardés par l'armée thaïlandaise et très difficiles à visiter. Les réfugiés attendent d'obtenir le statut de réfugiés politiques pour être envoyer dans des pays d'accueil et recommencer une nouvelle vie. Mais se retrouver loin de chez soi dans un pays où on ignore tout de la culture, loin de ses amis et de sa famille... Est ce vraiment une chance ?

J'ai eu la possibilité de visiter des camps illégaux de réfugiés birmans. Ceux-ci sont entrés illégalement en Thaïlande et se sont installés. La police locale ferme les yeux la plupart du temps, mis à part pour extorquer un peu d'argent à ces réfugiés. J'en ai été témoin.

Ces camps ressemblent à de petits villages improvisés. Cela m'a un peu rappelé les coins les plus pauvres des campagnes africaines.

Une habitation de réfugié illégal birman près de Mae Sot, avec un de ses occupants

Si l'on regarde de plus prêt, on peut voir que certains « murs » sont fabriqués avec des feuilles séchées...

Une télévision indonésienne réalise un reportage sur la situation des réfugiés birmans. Je me joins à l'équipe. Un réfugié nous ouvre gentiment la porte de son habitation. A l'intérieur, c'est évidemment très rudimentaire. Je n'ose pas penser aux inondations lors de la saison des pluies, très forte dans cette région.

L'intérieur d'une habitation de réfugiés

Les enfants des réfugiés birmans n'ont logiquement pas un futur doré tracé devant eux. Encore une fois, les plus jeunes subissent les conséquences des actions absurdes de ceux qui devraient au contraire montrer l'exemple.


 

Un orphelinat et une école

Au marché de Mae Sot, j'avais vu de nombreux enfants mendier. Ils étaient regroupés autour d'un adulte estropié qui récoltait les fonds que ces jeunes réussissaient à récupérer.

Non, il n'y a guère de futur pour les enfants réfugiés birmans.

Quelques jours après, j'ai fait la connaissance de David. Ce réfugié birman a consommé beaucoup de son énergie pour créer un orphelinat et une école pour ces enfants. Il aurait pu accepter les deux offres d'émigration légale vers les Etats-Unis qui lui furent offertes. Mais il a refusé. Il voulait faire quelque chose d'utile dans sa vie.

David expliquant comment il a crée l'orphelinat et l'école d'« Agape »

Beaucoup de ces réfugies sont du groupe ethnique Karen, victime des persécutions de la junte militaire birmane. J'imagine que leur passé ne doit pas être tout rose. Pourtant, une certaine fraîcheur se dégageait de ces jeunes. Une fois encore, je découvre une joie provenant des plus démunis, une joie des choses simples et un désir d'échanger humainement.

Je reçois une nouvelle leçon de vie de la part des jeunes réfugiés birmans

L'éducation est une pierre essentielle pour rebâtir des bases saines en Birmanie. Construire une école, éduquer les plus jeunes est, à mes yeux, une chose utile, intelligente et nécessaire. J'ai déjà pu voir les conséquences qu'un manque ou une mauvaise éducation pouvaient donner. Dans tous les cas, je suis persuadé que les enfants sont mieux ici qu'à mendier ou vendre de la drogue dans la rue.

Les enfants attentifs lors d'une classe de langue birmane à Agape

Le conflit existe toujours en Birmanie. Les frontières terrestres sont encore fermées. Cependant, des élections ont été conduite en Birmanie et depuis 2011, des signes d'ouvertures laissent entrevoir quelques lueurs d'espoir. Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, a enfin été libéré. Elle est même devenue membre du parlement cette année (2012). Espérons que cela continue, que les minorités ethniques retrouvent leurs droits , qu'ils puissent retourner dans leur pays et que les droits de chacun recommencent à être respectés.

En espérant qu'un jour, cette jeune Karen puisse porter ses vêtements traditionnels dans son propre pays


 

A très bientôt,

Jérémy

Info :
Si vous voulez en savoir plus sur l'orphelinat-école Agape, vous pouvez consulter leur page facebook :
http://www.facebook.com/agapems



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