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Tour du monde en autostop - Jeremy Marie

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 Carnet de Bord : La république socialiste du Vietnam

Avant d'entrer en Asie, je n'aurais jamais pensé qu'il y ait autant de différences entre chaque pays d'Asie. Entre la Malaisie et la Thaïlande, entre la Thaïlande et le Cambodge et dernièrement entre le Cambodge et le Vietnam.

Au Vietnam, les foyers de civilisation sont différents, la culture et même les traits de visage n'ont rien à voir avec ceux de ses voisins précédemment cités. La peau du vietnamien est plus claire, ses yeux sont plus bridés. En comparaison, je dirais qu'un vietnamien ressemblerait plus à un chinois qu'à un cambodgien. Après, il y a des multitudes d'autres ethnies, spécialement dans le nord du pays, qui ont des coutumes et des apparences bien à part.

L'atmosphère est unique également. Une nouvelle fois, j'ai ressenti un choc culturel au passage de la frontière lors de mon entrée au Vietnam. Les chapeaux coniques des dames, la densité incroyable d'engins motorisés à deux roues, les buffles d'eau utilisés dans les champs, la gastronomie, le langage, l'écriture latine qui revient, les interactions plus directes avec les locaux, le balancier porté par les femmes vietnamiennes, le mouvement perpétuel... Oui, le Vietnam est bien différent.

Comme le Chili en Amérique du Sud, je ne me suis pas trop posé de question quant à mon possible itinéraire au Vietnam. En regardant la carte, ce pays est étroit mais étendu et son apparence est parfois comparée à un dragon. Depuis le delta du Mékong au sud jusqu'aux montagnes du nord-ouest, soit du bout des griffes jusqu'aux oreilles du reptile légendaire, voici la carte de mon itinéraire en stop au Vietnam.

Mon itinéraire en stop au Vietnam (du sud au nord)


 

L'autostop au Vietnam

Beaucoup de personnes m'avaient mis en garde contre le Vietnam et les vietnamiens. Que faire du stop y était impossible, que l'occidental se faisait constamment arnaquer, que le vietnamien était rude... Qu'en est-il vraiment ?

Tout d'abord, j'ai traversé le Vietnam entier, du sud au nord (soit environ 2500 kilomètres), uniquement en stop. Cela prouve premièrement que ce n'est pas impossible. J'ajouterai d'ailleurs que cela a été faisable dans la totalité absolue des pays que j'ai traversé depuis le début de ce voyage, soit soixante et un jusqu'à présent.

Partout dans le monde, il y a des personnes bien intentionnées et qui aideront si la demande est correctement formulée. En quelques mots, cela dépend souvent des facultés de l'autostoppeur à s'adapter et présenter sa requête.

Près de Dalat, une famille m'a pris en stop, m'a hébergé, nourri et lavé mes affaires

Ensuite, pour s'adapter, il faut connaître les difficultés et il est vrai qu'il y en a quelques-unes au Vietnam.

La densité du trafic
Jamais je n'ai vu autant de scooters de ma vie. La densité d'engins motorisés à deux roues est juste incroyable au Vietnam. De plus, les règles de conduite peuvent être perturbante pour un occidental. A première vue, il semble ne pas y en avoir. Les feux ne sont pas respectés, tout le monde roule à contresens, sur les trottoirs, la main scotchée au klaxon. En tant que piéton, je me suis un peu senti comme un torero au milieu d'un champ de taureaux.

Un escouade de deux-roues à Saigon

Les sorties de zones urbaines sont assez délicates à gérer. Tenter d'arrêter un véhicule signifie de prendre un risque et de s'interposer entre le flux continue de motos et celui, beaucoup plus rare, de voitures et camions.

A la sortie de Saigon, je n'ai pas vu la moto arrivant devant moi en contresens sur le trottoir. La moto non plus.

Après quelques jours au Laos, j'ai encore le souvenir de ces engins pétaradant et déambulant un peu n'importe comment. On finit par s'y habituer, mais il est vrai qu'il faut faire attention, au risque de se faire embrocher.

Les motos servent souvent à transporter des objets. Des baies vitrées, des frigidaires ou encore des tiges de fer.

Une joute équestre dans une banlieue de Ho Chi Minh ville

La lenteur du voyage
La densité du trafic, mais aussi l'étroitesse de la route, n'aident pas à parcourir de longues distances chaque jour. Il n'y a pas d'autoroute comme en Thaïlande, même sur la route principale reliant Saigon à Hanoi. Certes, il existe des rocades qui permettent de contourner les zones urbaines et de gagner un peu de temps.

La communication
Là est sans doute le problème majeur de l'autostop au Vietnam et des autres pays asiatiques en général. Le concept d'autostop n'existe pas et il me faut à chaque fois l'expliquer. Je me suis donc organisé en conséquence, voyageant avec des documents décrivant mon projet et des photos montrant mon voyage (permettant de briser la glace et de faire découvrir de nouvelles choses).

Un jeune vietnamien passionné par la géographie et surtout les temples Maya

Le vietnamien, à l'instar de l'indonésien, est écrit en alphabet romain. Par contre, la prononciation est beaucoup plus difficile. Même tenter de répéter, ce qui semblait pour moi la même chose, ce qu'un vietnamien me disait ne fonctionnait pas toujours.

Et les préjugés sur les vietnamiens ?
« que l'occidental se faisait constamment arnaquer, que le vietnamien était rude... »

Ce fait, je l'ai souvent vécu dans les endroits touristiques et lors des échanges commerciaux. Hoi An, Hué, Dalat... Oui, là-bas, effectivement, les prix semblent changer selon la pigmentation de la peau. Mais comme à Louxor en Egypte, Petra en Jordanie ou Cusco au Pérou, les tarifs proposés dans les endroits touristiques des pays en développement sont toujours en adéquation avec ce que le touriste semble prêt à payer.

Voilà tout simplement une autre des conséquences du tourisme de masse.
Une fois loin des hordes de touristes en shorts, les réactions changent énormément.

Ensuite, le vietnamien est très différent du thaïlandais. Là où le thaï semble accepter son destin de manière fataliste, le vietnamien, lui, ne danse pas sur le même pied.

Après toutes les invasions que les vietnamiens ont repoussé, on peut imaginer pourquoi et comprendre comment.


Un peuple de guerriers

Les colonisations, les protectorats, les invasions
Le Vietnam me fait un peu penser à l'Afghanistan.

Pour différentes raisons certes, mais le Vietnam a été envahi à de nombreuses reprises lors de ce dernier siècle. Chaque fois, l'armée étrangère est repartie la queue entre les jambes, dégoûtée de la détermination et de la volonté des vietnamiens à garder leur propre territoire.

L'armée française, américaine, chinoise... Autant dire que ce ne sont pas non plus des petites armées lorsque l'on voit le budget consacré à la défense (voire à l'attaque) dans ces pays.

La première guerre d'Indochine
De 1887 à 1954, la France organisa et contrôla le Vietnam de cette façon : la colonie du Cochinchine au Sud, le protectorat d'Annam au centre et le protectorat du Tonkin au nord. Comme le Laos et le Cambodge, tout cela faisait partie de l'Indochine française.

A l'image de la baguette et des cigarettes « Alain Delon » au Cambodge, il est possible de retrouver des restes de colonisation française au Vietnam.

Des tours téléphoniques en forme de tour Eiffel comme ici à Dalat

La prison Hoa Lo à Hanoi

Après plusieurs dizaines d'années de colonisation, les vietnamiens en ont eu assez qu'on leurs dise quoi faire et quoi penser. S'ensuivit la première guerre d'Indochine de 1946 à 1954, remportée par le Viet Minh. Le Vietnam est divisé en deux.

La deuxième guerre d'Indochine
De 1964 à 1975, l'armée américaine, en support du Sud-Vietnam, entre en guerre contre le Nord-Vietnam. C'est un peu le mode de pensée capitaliste (sud) contre communiste (nord).

Plus qu'un conflit entre deux armées, c'est un véritable carnage.

Pour donner une idée, 2 millions de civils vietnamiens périrent durant cette guerre.

2 millions de civils périrent durant cette guerre

J'ai pu visiter le « Musée des Vestiges de Guerre » (anciennement appelé « Musée des Crimes de Guerre de l'Impérialisme Américain et du Gouvernement Fantoche ») à Saigon. J'ai été choqué. De nombreuses photographies reportent la boucherie qu'a été cette guerre et certains de ces clichés sont d'une extrême violence.

Voici une des photos les plus connus de ce musée

Je me demande encore quel était l'intérêt de balancer des produits chimiques comme le fameux « agent orange » sur la population. Aujourd'hui, cela provoque encore des naissances de véritables « monstres » difformes.

Cette guerre fût remportée par le Nord-Vietnam. Le pays se réunifie en devenant la « République socialiste du Vietnam ».

La troisième guerre d'Indochine
En Février 1979, la Chine envahit le nord du Vietnam. Les raisons de cette attaque sont que l'armée vietnamienne mets fin au régime de Khmers rouges au Cambodge, alors alliés au maoïsme chinois. De plus, le gouvernement vietnamien était en bonne relation diplomatique avec l'URSS, qui lui était en désaccord avec le gouvernement chinois.

Le conflit dure moins d'un mois et s'achève par le retrait des troupes chinoises.
 

Voilà pourquoi aujourd'hui, lorsque je vois maintenant un touriste tenter d'imposer son point de vue sur la culture vietnamienne à un vietnamien et se faire envoyer sur les roses, je comprends pourquoi.
 

La République socialiste du Vietnam
Aujourd'hui, le Vietnam est officiellement une République socialiste.

Certains signes permettent de reconnaître l'affiliation du Vietnam à ce régime. L'influence de la pensée soviétique lors du temps de l'URSS est également facile à noter.

Un marteau et une faucille dans une rue de Rach Gia

Une statue de Lénine à Hanoi

Le mausolée de Ho Chi Minh à Hanoi s'inspire de celui de Lénine à Moscou

Mis à part quelques signes visuels, je n'ai pas senti un poids démesuré du système politique vietnamien dans la vie de tous les jours. Le sujet n'est jamais vraiment venu dans une discussion car il ne semble pas que le socialisme à la sauce vietnamienne influence réellement le quotidien des locaux.

D'ailleurs, des signes capitalistes font déjà leur apparition. Doan Nguyen Duc, par exemple, est un homme d'affaires vietnamien Directeur Général du groupe « Hoang Ahn Gia Lai ». Sa compagnie est spécialisée dans le caoutchouc, les meubles, un club de football ou encore l'immobilier. Doan Nguyen Duc est l'un des hommes les plus riches du Vietnam et a construit sa fortune de manière capitaliste. Il est d'ailleurs connu pour être le premier vietnamien à s'être acheté un jet privé.

Des immeubles du groupe Hoang Ahn Gia Lai à Saigon

 

Une culture unique

Les vietnamiens se sont donc battus pour pouvoir décider eux-mêmes de leur futur, mais aussi pour conserver leur culture.

Une partie de l'intérêt de ce siècle de conflits réside ici : « revendiquer son droit d'être différent et le cultiver ».

Visuellement, historiquement, gustativement, cette culture est passionnante à découvrir.

Visuellement
Du début jusqu'à la fin, j'ai pu les voir à chaque coin de rue, au milieu des rizières, en masse dans les marchés... Les chapeaux coniques.
Ils sont portés par les femmes et protègent du soleil.

Au Vietnam, avoir la peau sombre est synonyme de pauvreté, car les personnes les plus atteintes par le soleil sont celles qui travaillent dans les champs. A l'inverse de la crème autobronzante en Occident, ici la crème de blanchissement de peau est à la mode.

Une femme avec un chapeau conique dans le delta du Mékong

Parfois, ces mêmes vietnamiennes déambulent avec l'allure d'un marcheur athlétique et un balancier sur les épaules. Le balancier est une longue tige de bambou aplatie supportant deux poids de charge égale de chaque côté.

Une femme déambulant avec son balancier à Dalat

L'Ao Dai, ou la robe traditionnelle vietnamienne. Elle est souvent portée par les femmes lors des cérémonies, mais il est surtout possible de la voir chez les étudiantes. Il y a deux parties distinctes dans cet habit vietnamien : la robe et le pantalon en soie.

L'Ao Dai, ici porté par des jeunes filles à Hué

Gustativement
La cuisine vietnamienne est connue et reconnue dans le monde. La nourriture est très variée au Vietnam, atteignant parfois des sommets d'exotisme. On se sent parfois voyager jusque dans l'assiette !

Les fameux nems bien sûr, le Cao Lau de Hoi An, le Banh Bao et bien d'autres.

Ce fût un véritable plaisir de pouvoir goûter aux « nems » ou « Cha gio » vietnamiens, comme ici à Long Xuyen

Un autre type de Cha Gio

Au Vietnam, il est possible de manger n'importe où et n'importe quand. Des vendeurs de rue se postent sur le trottoir, installent des petites tables et chaises, et il ne reste plus qu'à s'installer.

Un vendeur de nems à Long Xuyen

Et parfois, la nourriture devient bien plus exotique. A Hanoi, la viande de chien est très populaire. J'ai voulu tenter cette expérience au moins une fois dans ma vie.
Autant en Thaïlande, la vision des insectes était la chose qui me répulsait dans la dégustation, ici c'était plutôt l'éthique affiliée à mon éducation qui rendait la chose difficile. La texture de la viande, elle, est plutôt similaire à celle du bœuf. La sauce de crevettes épicées, qui est servie avec la viande, fût étonnement la chose que j'ai le moins aimé.

Mangeant de la viande de chien à Hanoi

Historiquement
Le patrimoine architectural vietnamien est également très intéressant.

Pour terminer, je partage avec vous quelques photos de constructions dans des villes touristiques comme Hué ou Hoi An.

Le pont japonais de Hoi An

Le temple du culte des empereurs à Hué

 

Voyager au Vietnam fût très intéressant. Certes, ce ne fût pas tous les jours facile. Les problèmes de communication, les longues marches pour m'extirper des centres urbains, la chaleur humide, les motos dans tous les sens, les négociations avec les vendeurs... Oui, le Vietnam est intense et demande de l'énergie.

Mais j'ai découvert une nouvelle culture à laquelle je ne connaissais rien ou si peu. Pour m'y intéresser et tenter de la comprendre, il m'a fallu élargir mon ouverture d'esprit et y aller sans à priori. Au final, même si la culture est différente, j'ai retrouvé des traces d'humanisme récurrente dans chaque pays. Au Vietnam, comme ailleurs, il y a des personnes avec des bonnes et des mauvaises intentions. J'ai rencontré des idiots et des gens formidables et j'ai essayé de me focaliser sur cette deuxième catégorie.

Je termine mon séjour au Vietnam en ayant l'impression de quitter un peuple dur et qui a beaucoup souffert. Mais ce peuple a des valeurs ainsi qu'une culture qu'il protège et il le fait bien.

Je vous laisse sur une photo d'un jour brumeux dans la baie de Ha Long

A très bientôt,

Jérémy



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