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Tour du monde en autostop - Jeremy Marie

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 Carnet de Bord : Le peuple Perse et son Calife

Contrasté.

Voilà certainement le mot qui me vient le plus à l'esprit pour décrire l'Iran. Ce pays est réglé sur deux vitesses. D'un côté, un puissant conservatisme religieux et de l'autre un mouvement souterrain un peu plus libéral. Il y a les musulmans aveuglés par leur soif de pouvoir et les musulmans qui ouvrent généreusement leur porte à l'étranger de passage. Il y a l'Iran cataclysmique décrit par les médias et l'Iran hospitalier décrit par les voyageurs.

Il y a la politique iranienne et le peuple iranien.

Les deux sont indissociables, car la politique gouverne le peuple, et le peuple est gouverné par la politique. Voyager en auto-stop m'a permis de comprendre ce pays, à travers les yeux de ses habitants.

Comme cette manière de se déplacer m'offre toujours une grande diversité dans les rencontres, j'ai pu rencontrer les pro-Ayatollah aussi bien que ses contestataires.

Voici l'Iran, perçue à travers les yeux d'un voyageur qui l'a perçue à travers les yeux des locaux.

 

 

Calife à la place du Calife.

Quand la religion se mêle à la politique
En Février 1979, la chute du Shah propulse l'Iran dans une République Islamique, traduisible dans les faits par l'arrivée acclamée au pouvoir de l'Ayatollah Khomeini. A la mort de ce dernier en 1989, l'Ayatollah Khamenei prend la relève. Ces « guides du Peuple » se positionnent dans un registre très conservateur. En plus de 30 ans, ils façonnent le pays à l'image qu'ils se donnent d'un bon comportement digne des textes du Coran, d'où le terme de République Islamique. Se comporter comme un bon musulman implique désormais de respecter à la lettre les lois promulguées par ces Ayatollah.

Un peu mégalomanes, ces Ayatollah sont visibles absolument partout. Leurs portraits s'affichent là où il y a de la place. Impossible de les manquer.

Dès la ville-frontière de Sarakhs, je fais connaissances avec Khomeini et Khamenei

Comme ces deux leaders se sont déjà illustrés par quelques faits de guerre, de nombreuses fresques propagandistes mettent en scène leurs combats pour la liberté.

A Téhéran, les enfants-soldats utilisés pendant l'invasion irakienne sont affichés comme d'héroïques martyrs

Après avoir parcouru plusieurs dictatures, je reconnais le but recherché par ces mégalomanes. Se positionner d'une telle manière leur est nécessaire pour s'imposer comme « figure du peuple » dans l'esprit de la population. Seulement, le respect qu'ils inspirent est tout sauf naturel.

Interdictions et obligations
Le règne de ces Ayatollah s'illustre par de nombreuses interdictions et obligations que les iraniens se doivent de suivre à la lettre.

La femme iranienne se doit d'être couverte au maximum. A Mashhad ou à Qom, les villes les plus religieuses, il est de bon ton de porter le tchador. A Téhéran, un long manteau et une foulard peuvent encore faire l'affaire.

C'est d'ailleurs dans la capitale que cette obligation m'a paru le moins bien reçue. Bien que couvertes de la tête aux pieds, j'ai remarqué beaucoup de jeunes iraniennes avec un pansement sur le nez. Avec grand étonnement, j'appris que la chirurgie esthétique n'était pas incompatible avec le port du voile, car ces demoiselles s'étaient fait refaire le nez.

Une femme en tchador, ici à Shiraz

Même les journalistes télévisés se doivent d'être complètement couvertes. Je découvre cela lors d'une interview filmée à Mashhad

Ce désir de ne pas tenter l'homme et de favoriser la fidélité dans les couples est également visible dans le métro. Un wagon pour les hommes, un wagon pour les femmes. Impossible de profiter de la masse humaine pour se rapprocher d'une personne de sexe opposé.

Dans le métro de Mashhad, les hommes et les femmes sont séparés. Ici, une porte à double battant indique le wagon féminin.

Les interactions homme/femme sont en effet très régulées. Il n'est pas plus possible de simplement marcher dans la rue avec une personne du sexe opposé, sauf si celle-ci est le conjoint ou un membre de la famille.

L'idéal recherché par ce gouvernement est de regrouper les hommes avec les hommes et les femmes avec les femmes. Toutefois, gare à l'homosexualité. Celle-ci est illégale et passible de peine de mort.

Comme Ahmadinejad le disait récemment : « Il n'existe pas d'homosexuel en Iran ».

La répression touche évidemment le contrôle de l'information. Les médias sont tenus par le gouvernement, qui n'hésite pas à utiliser les grandes lignes pour diffuser son opinion.

Les sources d'informations extérieures sont inaccessibles, internet est censuré, la musique, le cinéma sont contrôlés.

La haine de l'ennemi est encouragée, et le gouvernement iranien semble cultiver scrupuleusement ses relations avec celui-ci. États-Unis, Israël, Irak, les menaces guerrières fleurissent régulièrement à leur encontre.

A Téhéran, les murs de l'ancienne ambassade américaine sont recouverts de graffitis, traduisant une certaine haine envers ses anciens locataires.

Naturellement, il est également interdit de parler aux étrangers, d'en prendre un en stop et encore moins d'en inviter un chez soi. Et pourtant...

J'ai la nette impression que l'Iran fût le pays où la population s'intéressa le plus à ma présence. Dans le bus, dans le métro, sur la route, d'innombrables jeunes iraniens vinrent me parler, désirant discuter, savoir d'où je viens, d'en connaître un peu plus sur mon pays... Quelle curiosité rafraîchissante !

Toutefois, cela paraissait toujours effectué en cachette, loin des yeux du gouvernement. Je me souviendrai toujours de la réaction de mon hôte à Isfahan lorsqu'il vit deux policiers sur le trottoir d'en face : il prit ses jambes à son cou !

 


L'autostop en Iran

 
Sur le papier, la répression est forte. Dans la réalité, l'iranien semble parfois contourner quelques règles.
Me fût-il donc possible de voyager dans ce pays en requérant l'aide des locaux ? Et si oui, comment ?

Techniquement
Il est déconseillé de sortir son pouce en Iran. Le concept est impoli, bien qu'un iranien comprendra qu'un étranger ne soit pas au fait.

J'ai choisi de continuer sur le même rythme que depuis mon entrée en Asie. La paume vers le sol, tout en regardant les conducteurs droit dans les yeux.

Les stations-services et les péages peuvent être des endroits stratégiques pour arrêter les véhicules. J'ai noté qu'il y avait souvent de grandes boites bleue et jaune destinées à recevoir les dons des conducteurs, leur permettant ainsi de bénir leur futur voyage. Ce fût une très bonne occasion pour engager la discussion avec les conducteurs.

Les boites à dons sont nombreuses sur les routes iraniennes

Arrêter une voiture n'est toutefois pas une chose facile dans ce pays. Le concept n'est pas connu, et le très bas coût des transports publics (généralement de bonne qualité) doit amener les locaux à étrangement considérer cet étranger qui gesticule follement au bord de la route.

Une fois le véhicule trouvé, les routes sont généralement bonnes et les distances assez faciles à parcourir.

L'état des routes est plutôt bon en Iran

 

Socialement

Une fois le véhicule trouvé, il y a aussi de grandes chances que votre conducteur vous donne un exemple de ce que signifie « hospitalité iranienne ».

Plusieurs fois, je me suis fait inviter à manger, déguster le thé, visiter les environs, ou découvrir un trait de culture local.

Un jeune iranien s'arrêta en chemin à Neyshabur. Il m'invita chez sa famille, me fit prendre un repas complet, me fit visiter sa ville et me trouva un camion pour continuer ma route

La difficulté reste la communication. J'ai fait traduire la lettre explicative de mon projet en farsi (langue iranienne). Cela facilita grandement la recherche. A partir de ce moment là, l'autostop fût bien plus aisé en Iran.

L'autostop est aussi possible en Iran !

Et une fois de plus, l'autostop devint une porte vers la compréhension d'une nouvelle culture, une porte vers la magie de la Perse.


 

Mille et une nuits perses

L'Iran est un foyer de culture millénaire.

En errant dans ce pays, j'ai parfois eu l'impression de me retrouver au milieu d'un décor de conte de Mille et une nuits.

 

Un enchantement visuel

Délicatesse des arabesques, finesse des détails artistiques, couleurs envoûtantes et poétiques. Que ce soit une entrée de mosquée ou une voûte de bazaar, mon regard se posait constamment sur des chef d'œuvres d'architecture qui faisait partie intégrante du raffiné décor perse. Je m'attendais presque à voir sortir un génie de la lampe.

Une entrée de mosquée à Isfahan

Le Vakil Bazaar à Shiraz

Dans le complexe de l'Imam Reza à Mashhad

La mosquée Sheikh Lotfollah à Isfahan

 

Des senteurs envoûtantes

La cuisine perse fourmille de mets typiques qui m'éveillaient l'appétit, même quand je venais de terminer mon repas.

Un vendeur de Ash à Téhéran

Le Perenj (riz), la viande de kabab et le Sangak (pain) reviennent régulièrement sur les tables iraniennes.


Voyager indépendamment en Iran m'a permis d'outrepasser mes préjugés sur ce pays, et de découvrir un art de vivre et une culture raffinés.

Le gouvernement est certainement répressif. A mes yeux, les Ayatollah abusent abondamment de leur pouvoir. J'ai trouvé dérangeant de mélanger pouvoir politique et religion. J'ai aussi trouvé dérangeant de vouloir imposer par la force ses convictions. L'Iran n'a pas besoin de cela. La population est assez brillante pour inspirer le reste du monde.

En effet, une grande partie de la population iranienne est très curieuse, avide d'apprendre et de partager. La jeunesse semble plus s'épanouir dans les poèmes de Khayyam que dans les blockbusters hollywoodiens. Ce fût un réel plaisir de converser et d'échanger avec ces cultivés perses.

Et que dire de l'hospitalité ! Elle atteignit simplement les cieux. Peut-être le pays le plus hospitalier que je pus visiter pendant ce tour du monde.

Ce pays m'a charmé et j'éprouve le désir d'y retourner un jour pour y passer plus de temps, ayant eu le sentiment de n'avoir qu'entraperçu qu'une infime partie de sa culture.

Cependant, le moment est venu pour moi de continuer mon chemin. Celui-ci est désormais presque terminé, car l'Europe apparaît en point de mire. Il me tarde désormais de revoir ma famille et de retrouver mes proches.

Alors, allons-y pour les derniers kilomètres !

A très bientôt,

Jérémy



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