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Tour du monde en autostop - Jeremy Marie

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Interview avec Ruth O'Gara, à propos de l'éducation en Ouganda et à Harlem :

Ce tour du monde m'a amené à rencontrer beaucoup de personnes différentes. Certaines d'entre elles m'ont paru très sympathiques, certaines stupides, certaines se sentaient concernées à propos de l'évolution de notre planète, certaines s'en désintéressaient totalement... Et certaines d'entre elles travaillaient activement pour améliorer notre sort...

Un jour de Juillet 2008 en Ouganda, j'ai rencontré Ruth. Elle m'a accueilli quelques jours chez elle et m'a permis de découvrir son occupation.

Posons-nous quelques instants avec elle pour savoir ce qu'elle faisait là-bas.



(Interview traduite de l'anglais)

 

Ruth, tout d'abord, peux-tu te présenter (Age, nationalité, études...)

J'ai vingt cinq ans et j'ai vécu aux Etats-Unis les onze dernières années. Je suis irlandaise de naissance. J'ai passé beaucoup de temps pendant mon enfance à vivre en Afrique et en Asie avant que mes parents ne s'installent finalement dans la banlieue de Washington DC en 1998. J'ai été au lycée dans l'Etat de Virginie et j'ai été diplomé en Anglais et en Relations Internationales à l'Université de Virginie. Après l'université, je suis allée à New York City pour enseigner au programme “Teach for America”. J'ai quitté New York pour l'Ouganda en Janvier 2008.

Ruth O'Gara en Ouganda


Peux-tu nous dire pourquoi tu es partie pour l'Ouganda?


Après avoir passé une certaine période de mon enfance en Afrique, j'ai toujours ressenti un interêt pour ce continent. J'ai également focalisé mes “études en relations internationales” sur le continent africain. Après deux années à enseigner dans une communauté à faible revenu à New York City, j'ai commencé à comprendre le role irremplacable que l'éducation a dans le developpement des individus et des communautés. Je n'avais rien qui me retenait à New York City et j'ai decidé de prendre avantage de cette situation pour aller explorer d'autres parties de ce monde. Je savais que retourner en Afrique en tant qu'adulte présenterait beaucoup d'opportunités pour mon développement personnel, ainsi que de me donner une chance d'avoir un impact réel sur place.

 

Ou es-tu allée et qu'as tu fait là-bas?

Pendant que je recherchais, dans ce qui apparaissait une liste infinie d'opportunités de volontariat en Afrique, ma mère m'a mis en relation avec un ami d'un voisin qui avait travaillé pour une petite organisation. Celle-ci finançait une école primaire, un collège et deux cliniques dans la campagne ougandaise. Après m'être renseignée un peu plus sur le projet, j'ai pu rencontrer les autres membres du «Bureau américain» de cette organisation. J'ai realisé que passer du temps à l'école en Ouganda serait un formidable moyen de m'ouvrir a de nouveaux horizons. Cela pourrait aussi me permettre d'apporter une aide concrète à un projet qui semblait déjà fonctionner merveilleusement bien.

Cette organisation s'appelle “Airlington Academy of Hope”. Leur école primaire est située dans une partie très rurale du sud-est de l'Ouganda, près de la frontière avec le Kenya. J'ai vécu dans le village près de l'école et j'ai travaillé comme volontaire en tant qu'administrateur de projets spéciaux et en tant que professeur de lecture à l'école pour l'année 2008. Mon travail consistait à superviser le programme des autres volontaires à l'école, à superviser le programme des étudiants et à offrir une aide générale aux professeurs et aux administrateurs.

The Airlington Academy of Hope


Quelle était la situation avant l'arrivée de Arlington Academy of Hope? Quelles améliorations penses-tu que l'Academy a apporté?

L'Ouganda a un programme d'éducation primaire gratuit, mais dans les campagnes, c'est un système qui ne fonctionne pas. Les classes sont surchargées, sans matériel et en constant besoin de professeurs. La formation des professeurs est quasiment inexistante et souvent ceux-ci ne savent même pas quand ils recevront leurs salaires (provenants donc du gouvernement). De ce fait, beaucoup de professeurs pratiquent un deuxième travail ou cumulent des petits boulots, ce qui a pour conséquence de les perturber fortement dans leurs occupations d'éducateurs.

La population dans cette partie de l'Ouganda survit en grande partie grâce à l'agriculture. Les enfants sont une main d'oeuvre efficace pour ce type d'activité. Il y a beaucoup de pressions sur les enfants pour qu'ils aillent creuser, planter et nourrir les troupeaux de bêtes plutôt que de se rendre à une école qui de toute façon ne fonctionne pas. En conséquence, une grande majorité des enfants de cette région ne termine même pas l'école primaire et va plutôt chercher une partie de terrain bon-marché (dont la valeur décroit d'ailleurs d'année en année) pour se préparer à une future vie d'adulte.

Arlington Academy of Hope a revolutionné les espérances locales de ce qu'une école peut être et surtout le rôle de l'éducation dans la vie d'une personne. Son atout principal est un personnel bien entrainé, des professeurs tres motivés et des administrateurs, recrutés à partir de la plus haute sphère d'éducation en Ouganda. AAH prends soin que ces professeurs soient bien payés et supportés. En retour, les étudiants d'AAH reçoivent une éducation bien meilleure qu'auparavant. De plus, l'école abonde de ressources et aucun étudiant ne manque de stylo, livre, bureau ou des éléments nécessaires à une éducation basique. Les étudiants reçoivent aussi deux repas par jour et des uniformes.

Ruth et les élèves de l'Academy of Hope




Pourquoi penses-tu que Arlington Academy of Hope réussit où beaucoup d'autres ont echoué?

AAH a été créé par deux ougandais qui sont né et ont grandi dans la communauté rurale où l'école et la clinique fonctionnent maintenant. Leurs parents et les autres membres de leurs familles vivent toujours en Ouganda. Cela permet à AAH d'être totalement connecté avec la culture et la réalité de la vie en Ouganda. De plus, le personnel administratif sur place est complètement ougandais.

Dans mon expérience limitée en développement d'organisations, j'ai pu observer une tendance pour ce type d'organisations, qu'elles soient petites ou grandes, à prendre beaucoup d'itiniatives, à être les précurseurs d'une nouvelle façon d'agir.

Bien sûr, il y a toujours besoin de réviser et de faire évoluer le système d'un pays comme l'Ouganda. Cependant, tous ces efforts échoueront si il n'y a pas une parfaite compréhension du contexte culturel et historique du pays. De plus, le développement d'organisations peut fonctionner uniquement si celles-ci restent ouvertes à la probabilité qu'elles aussi peuvent apprendre quelque chose de nouveau. AAH a vraiment de bonnes bases et a accompli un équilibre solide entre des influences américaines et ougandaises qui, je crois, contribuent à son succès.

Les fondateurs John et Joyce Wanda



Je sais aussi par expérience que les volontaires, qu'ils soient Membres du Bureau ou autres, sont un atout très important. Le travail réalisé à AAH et les résultats que nous pouvons observer chaque année apportent une passion et un engagement aux volontaires américains qui aident fortement l'organisation. C'est réellement inspirant de travailler avec de tels personnes et de se retrouver pris dans cette vague émotionnelle que l'école et la clinique apportent.


Les fondateurs de l'Academy John et Joyce Wanda sont ougandais. Le personnel est un mélange de citoyens américains et ougandais. Quelles valeurs penses-tu que chaque citoyen de ces deux pays apportent?

En ce moment, il n'y a seulement qu'un américain dans le personnel en Ouganda. Le reste est ougandais. Comme je l'ai mentionné au-dessus, je pense que la compréhension du quotidien ougandais est très important dans le succès de cette organisation.

Je ne pense pas qu'il soit possible de catégoriser quelles valeurs chaque pays apporte. Je crois que chaque personne impliquée dans le projet apporte une valeur de travail et essaie de s'impliquer avec un esprit de positivité. Le personnel ougandais et le Bureau américain travaillent ensemble, s'entraidant chacun à réaliser ce qui est possible mais aussi à démontrer les difficultés financière ou logistique de certains projets. Nous essayons de réaliser un vrai effort commun, du projet d'un programme jusqu'à son élaboration.

La classe de musique à AAH



Tu es aujourd'hui à New York City, peux-tu nous dire ce que tu y fais?

L'organisation pour laquelle je travaille, Harlem RBI, fournit un programme gratuit après l'école et pendant l'été pour les jeunes de Harlem-Est. Chaque jeune avec qui nous travaillons joue dans une équipe de baseball ou de softball. Nous utilisons ces activités pour leur enseigner à reconnaître leurs potentiels et les inspirer à réaliser leurs rêves. Je suis en charge du programme de fin de journée pour les collégiens.


Trois enfants du RBI Harlem


 

Quelle différence penses-tu que RBI réalise à Harlem?

Harlem RBI offre un système de support efficace pour aider les enfants à comprendre leurs besoins académiques, physiques et sociaux pour qu'ils essaient d'obtenir l'équivalent du Baccalaureat. Le quartier a en effet un très faible pourcentage d'obtention de ce diplôme . Il y a aussi un important pourcentage d'obésité infantile, d'asthme et de diabète. Beaucoup de nos jeunes proviennent d'une famille monoparentale et/ou d'une famille à faible revenu. Harlem-Est a beaucoup de problèmes de gangs, de drogues. J'habite un quartier que je trouve très sympathique à vivre et à travailler mais il est vrai que le risque pour les adolescents est réel.

Grandir est difficile, n'importe où où vous soyez. Nous savons que la jeunesse de ce quartier est confronté à plus de problèmes que beaucoup d'autres. A Harlem RBI, nous croyons dans le potentiel de chaque jeune personne avec qui nous travaillons. Nous essayons de leurs donner tous les outils dont ils ont besoin pour réaliser les défis auxquels ils doivent faire face.

Presque tous nos jeunes se retrouvent diplomés au lycée et vont ensuite à l'université. Ceci est notre plus grosse satisfaction: “Assister les jeunes à trouver un chemin pour compléter leurs éducations”.

Le personnel de RBI Harlem

                        



Comparerais-tu la situation en Ouganda et à Harlem? Si oui/non, pourquoi?

Je pense qu'il y a des similarités dans les deux communautés avec lesquelles j'ai travaillé. En effet, toutes deux contiennent des systèmes d'éducation publique qui ne fonctionnent pas et qui dégradent la vision que les jeunes peuvent avoir à leurs egards. Les deux organisations avec lesquelles j'ai travaillé essayent de construire un pont entre l'état d'esprit des familles et celui des jeunes, pour donner la priorité à l'éducation et avoir de plus grands espoirs pour le futur.

Harlem-Est, en tant que communauté urbaine, présente plus de défis que le village en Ouganda en ce qui concerne le taux de criminalité, la disponibilité des drogues, etc... Il me semble parfois que cela est plus compliqué de travailler avec tous ces différents problèmes qu'une société urbaine complexe adresse aux jeunes personnes.

Lors de ma venue a New York, j'ai rencontré les étudiants de Ruth lors d'une sortie à la patinoire


Quelle importance a l'éducation pour toi? Pourquoi?

Mon expérience avec l'éducation a été un vrai voyage. J'ai commencé à m'orienter vers l'enseignement après l'université: J'ai pris cette décision plutôt parce que je n'avais pas clairement d'aspirations dans d'autres domaines et enseigner me semblait une option intéressante. Pendant que je me concentrais sur ma décision de quoi faire après l'université, je me sentais comme regarder vers une immense étendue de possibilités et je ne pouvais vraiment pas voir quelle route j'allais prendre. Mon père m'a souvent dit que beaucoup de personnes sont déjà sur une route sans même le réaliser jusqu'au moment où ils regardent le chemin déjà parcouru. Regardant derrière moi aujourd'hui, celà m'a l'air vrai... Peut-être que mon chemin était celui de l'éducation après tout.

J'ai beaucoup lu et pensé à propos de l'injustice sociale et aussi sur le sujet du développement international. Mes expériences m'ont remis les pieds sur terre et m'ont maintenant amené à regarder tous ces problèmes avec un oeil nouveau. Nous sommes dans un monde complexe, mais ce que je sais est qu'assister de jeunes personnes dans une communauté mal desservie est la chose la plus valable qu'une personne (avec les moyens adéquats) peut faire. Eduquer et supporter de jeunes personnes à faire des choix positifs est plus important pour moi que faire de la politique, de l'économie ou créer des theories de developpement. Je pense que celà est simplement nécessaire et bon. Que cela signifie que j'utilise mon propre temps pour travailler individuellement avec des jeunes, ou m'occuper d'un programme, ou commencer une organisation, à partir du moment où je sais que je peux ouvrir des portes fermées à certains jeunes, je serai motivée.

Ruth enseignant en Ouganda

Ne vous trompez pas, celà est parfois fatiguant et à la fin de la journée, un travail est un travail, et il y a des matins ou je resterais bien couchée. Mais je pense que j'ai l'opportunité d'obtenir un meilleur sentiment d'accomplissement personnel que la plupart des gens. En effet, mes interactions quotidiennes avec ces jeunes personnes qui grandissent en face de moi et qui se dirigent vers un futur auquel je peux aider, m'aident à me sentir meilleur.


Quels sont tes espoirs pour le futur?

C'est la grande question! Je pense que beaucoup de choses pourraient être changées dans ce monde si les leaders locaux, nationaux et globaux donnaient la priorité à réparer la façon dont nous éduquons les jeunes. Les systèmes scolaires inefficaces des Etats-Unis sont une veritable blague par rapport à ce que notre pays est supposé représenter. Aujourd'hui, nous ne sommes pas dans un pays offrant une égalité de chance à chacun. Je pense que les différences d'éducations que le système publique offre dans differentes communautés symbolise clairement notre échec à respecter nos idéaux.



Comment penses-tu que nous pouvons accéder à ces espérances?

Encore, grande question! Les professeurs sont un bon endroit où commencer. Enseigner en tant que profession est quelque chose qui se doit d'être restauré. Des fois, je pense aux études nécessaires pour devenir docteur et le statut acquis par ceux qui le deviennent et je pense... Ne devrait-il pas être de même pour les enseignants? Collectivement, ils forment les esprits des prochaines générations. Un bon professeur peut changer votre vie, un mauvais peut aussi le changer... pour le pire.

Je pense que les Etats-Unis sont restés bloqués sur un modèle d'éducation et que sa définition d'”enseigner”ne s'adapte simplement pas dans beaucoup de communautés. Des choses comme le “Charter School Movement” (Cliquez ici pour plus d'informations sur le Charter School Movement) injectent un peu de dynamisme nécessaire dans l'urgence de la situation. Je pense aussi qu'une fois que nous poserons l'immense question de “Comment vraiment évaluer le statut d'un enseignant”, nous pourrons dire qu'un pas sera fait dans l'aquiescement de la responsabilité du système d'éducation public.

Ruth, optimiste pour le futur, est active pour l'améliorer

 

                      

Je suis optimiste pour le futur. Il y a beaucoup de personnes intelligentes qui s'investissent dans la question d'améliorer le système d'éducation public et je pense que nous allons dans la bonne direction. Je ne sais absolument pas comment je me retrouverai impliqué dans tout cela. Néanmoins, si je regarde en arrière dans dix ans, je trouverais certainement la réponse!

 

Ruth O'Gara habite aujourd'hui à New York City et travaille toujours pour RBI Harlem.

Vous pouvez avoir plus d'informations sur:
-Airlington Academy of Hope sur
aahuganda.org/
-RBI Harlem sur
www.harlemrbi.org/

A très bientôt,

Jeremy



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